[Sciences] Comportement pro-social et empathie chez les rats ?

Récemment un papier scientifique a fait la une de tous les journaux et médias et comme d’habitude, ce qu’ils en disent est soit faux, soit mal interprétés, soit les informations crucials sont manquantes.

Un papier récemment paru dans Sciences (décembre 2011) avait pour titre Empathy and pro-social behavior in rats. Qui après lecture et analyse est assez trompeur.

J’ai toujours pensé que pour interpréter et comprendre un article scientifique il faut avoir fait sciences et avoir un esprit critique et évidement plus vous êtes proches du domaine, plus il est facile de l’analiser, chose qui n’est pas évidente ou faisable par un néophyte.

En plus d’en avoir discuté durant un meeting au labo, il y a juste quelques minutes, je vais en profiter pour vous parler de cette article et en quoi il est trompeur et surtout qu’encore une fois les média ont relayé quelque chose dont il ne maitrise absolument pas un seul centième, copiant / collant ce qu’ils ont lu à droite et à gauche.

Bartal et al. 2011, on écrit un article dans lequel ils se demandaient si les rats avaient de l’empathie et un comportement social. Ils ont créé une excellente expérience, mais in fine, qui ne prouvent en rien l’empathie chez le rat. Avant d’aller un peu plus en profondeur, je pense clairement que les rats éprouve de l’empathie, mais que cet article scientifique ne le prouve pas du tout et que le titre est trompeur, le mot empathie n’aurait pas du être présent.

Avant de commencer il faut savoir que les rats ont été ensemble par pair dans les cages et durant 2 semaines avant l’expérience, ils se connaissent donc de vue, de touché et d’odeur.

Je ne vais pas détailler toutes les expériences, mais dans une grande cage, un rat était maintenu dans un petit appareil ne le permettant pas de bouger et fermé par une trappe. Condition stressante pour le rat. Pendant qu’un autre était libre de mouvement dans cette même cage. Les auteurs ont utilisé 3 conditions contrôles avec un jouet dans l’appareil, un ou l’appareil vide et un autre ou ils sont deux libre dans la cage et l’appareil vide.

Ils ont remarqué que le rat libre bougé plus autour du rat enfermé dans l’appareil contrairement aux autres conditions. Aussi que les rats ouvraient plus souvent la trappe lorsqu’un autre rat était enfermé dedans. Enfin que le rat enfermé dans l’appareil émettait des vocalisations (dans le domaine de l’ultrason), ce qui est normal, rat en situation du stress.

Chose sure, les rats libèrent clairement leur congénère, en tout cas dans la condition ou 1 rat est libre et l’autre enfermé. Par contre, cela ne veut absolument pas dire que c’est de l’empathie. Ceci dit, c’est clairement un comportement pro sociale. Ce qui faut savoir, et qui a été mentionné dans l’article en conclusion, est que le rat libre a tout à fait pu libérer le rat enfermé pour stopper le bruit et les vocalises émis par le rat enfermé qui étaient gênante et stressante pour le rat libre. Du coup le rat libre l’a libéré, non pas par empathie mais pour stopper la gène sonore (ca peut même être donc l’inverse de l’empathie). Aussi, mais qui n’a pas été préciser dans l’article, ca aurait pu être le même cas concernant des possibles phéromones ou odeurs de stress /anxiété /peur libérées, qui devient stressant pour le rat libre.

Les auteurs ont ensuite voulu voir comment le rat libre va réagir s’il y a dans la même cage, un appareil avec du chocolat dedans et un appareil où un rat est enfermé dedans. En contrôle, un appareil possède du chocolat et l’autre est vide.

Il s’avère qu’encore une fois, que le rat libre va libérer son congénère et partager le chocolat. Alors que dans la condition contrôle,  face a juste du chocolat, il va presque tout manger. Encore une fois, cela ne prouve en rien de l’empathie. Mais c’est clairement un acte pro sociale.

Pour expliquer le plus clairement ma pensé, je vais utiliser les films et séries. Dans pleins de films d’horreur, on retrouve un groupe d’humain qui ne se connaissent pas ou peu ou pas tous et se trouvent enfermés dans une maison, poursuivie par des zombies, aliens, serial killer, bref, ils doivent survivre. Dans tous ces films, parmi ces gens, il y a toujours le connard de service, la nunuche débile, le débrouillard, la femme enceinte, et d’autre plus ou moins sympas et socials. Bref, on retrouve un lot de personne qui ne s’apprécie pas forcement, voir qui se déteste, voir qu’ils ont envie de se tuer et pourtant, ils sont obligé de s’entraider et partager leur vivre pour survivre, car en groupe ils auront plus de chance de survivre et réussir que seul. Donc dans ces conditions, l’entraide n’est pas lié à de l’empathie (certain même se déteste) mais uniquement par survie.

D’après ce papier scientifique, j’ai l’impression que ca peut être le même cas. Ce qu’il faut savoir, c’est que les rats sont des animaux sociaux qui vivent en groupe. Ils ne peuvent pas vivre seul (d’ailleurs c’est un très bon moyen d’induire du stress, de l’anxiété et des comportements dépressifs). Ils ont absolument besoin de vivre en groupe, d’être ensemble et de vivre ensemble. Dans le cas de ces expériences et comme il est dit dans l’article, il se passe pour sure un phénomène pro social, ou le rat libre, va volontairement aider l’autre pour le bien et la survie du groupe. Ca ne veut pas forcement dire qu’il y a de l’empathie mais que le rat libre a besoin de l’autre et donc le libère pour se retrouver en groupe et survivre, pareil pour le partager des vivres. Ils ont besoin l’un de l’autre quoi qu’il arrive, se sont des animaux qui vivent en groupe et jamais seul.

En conclusion, cet article, a mon avis, ne le prouve absolument pas, mais prouve clairement que le rat a volontairement une conduite pro sociale. Enfin plusieurs remarques peuvent être apportées, comme le fait que le rat libre a peut être libéré le rat enfermé pour stopper l’inconfort de ses vocalisations devenus ennuyeux pour le rat libre. Il aurait été intéressant de prendre en témoin un appareil avec un rat anesthésié dedans (donc qui ne bouge pas ni ne vocalise) et voir le comportement du rat libre.

Il aurait aussi été intéressant de voir le comportement du rat libre, si a chaque fois qu’il réussi à lever un chouilla la trappe, il se prend un choc électrique. (Dans le cas de l’addiction, peut importe le choc électrique, le rat continue à demander ou s’administrer de la drogue.) Aussi, il aurait été intéressant de voir comment réagirait le rat libre, s’il n’avait jamais sentie, vue, touché le rat enfermé (donc vécue séparément dans deux salles complètement différentes jusqu’à l’expérience). Car même s’ils ne sont pas dans la même cage, ils ont toujours le contact olfactif dans la même pièce. Encore d’autres expériences intéressantes auraient pu être faites avec plusieurs rats libres et un seul enfermé.  Ou encore, que des males (ou femelles) libres et une femelle (ou mal) enfermée. Je pense que l’ensemble de ses expériences en plus, aurait apporté une réponse, non définitive, mais plus proche concernant la part de pro-social et la part d’empathie.

Car encore une fois, je pense vraiment (et je ne suis pas la seule à le penser concernant cet article) que cet article n’est pas suffisant pour affirmer de l’empathie. Ceci dit, ce papier n’est pas mauvais, au contraire, ils ont créé un excellent paradigme, mais à sa lecture et son analyse, on est bien loin de montrer qu’un rat a de l’empathie et on a l’impression d’être un peu tromper sur la marchandise concernant le titre de l’article, qui a mon opinion, ne devrait comporter le mot empathie. Surtout qu’à la lecture de leur conclusion, ils ne concluent pas leur résultats comme étant de l’empathie mais au moins un acte comportemental délibéré et pro-social, surement pour le bien et bénéfice de la survie du groupe.

Source
Empathy and pro-social behavior in rats.
Ben-Ami Bartal I, Decety J, Mason P.
Science. 2011 Dec 9;334(6061):1427-30.

Helran

Comments

  1. La difficulté de ce genre d’expérience c’est de bien définir les choses. L’empathie semble être la capacité à ressentir la souffrance de l’autre sans la vivre physiquement, mais cette dernière semble possible si l’on en a vécu une partie auparavant. De plus on devrait voir les mêmes zones de la douleur active entre la personne qui s’est coupée le doigt et la personne empathique ( reste de mes vieux cours). Donc en gros on devrait pour le rat, voir les mêmes zones s’activer en cas de douleur ou de souffrance psychologique( enfermé dans une cage).

    Mais la dessus on aborde aussi un autre problème, celui de l’origine des stimulus, chez l’homme c’est principalement visuel et auditif, chez le rat il faut y ajouter aussi l’odorat.

    Après est ce que l’empathie est une petite partie de la composante pro-sociale? Pour moi je pense que l’empathie permet plus de performance du système pro-social. L’empathie est t-elles spécifiquement humaine? Je n’ais pas de connaissance d’expérience s su les rats reproduisant le sentiment de douleur comme chez l’homme. Qui du reste, il existe plus performant que l’empathie, c’est l’imagination et la capacité de créer par assemblage d’éléments déjà vécus, des ressentis que l’on n’a pas soit même expérimenté, me semble t’il.

    Erich P

    • Durant le meeting, quelqu’un avait aussi parler de définition du mot empathie et de son problème. On avait fini en débat philosophique/théologique, c’est dire.

      Pour le rat, il y a Mogill qui a montrer l’empathie chez le rat dans le cadre de la douleur. Je n’ai pas lu l’article, je te cite de mémoire (d’après mon bosse et ce que j’ai vaguement lu) : en gros le rat est plus sensible à la douleur (en tout cas stimulus nociceptif) lorsqu’un de ses collègues de cage subit de la douleur et non lorsque c’est un rat « inconnu ». Faut que j’aille lire cet article.

      Mais j’étais en train de penser au singe, ils ont aussi un systeme de reconnaissance faciale, en fonction des mimiques du visage, il arrive à déterminer si c’est une attaque, un « signe » d’amitié etc. Du coup, je me demande s’ils sont capable de reconnaître les émotions (rah j’ai oublié le nom, les émotions international visible sur le visage peut importe la nationalité, comme la colère, la peur, la joie etc) des autres singes ?! Sont-ils capable de reconnaître un singe triste d’un autre en colère etc? Car je pense aussi que l’empathie est influencé par cette reconnaissance faciale. Si on prend le cas humain, on va avoir plus d’empathie pour quelqu’un qui se fait mal et qui est « triste » ou a le visage d’une personne qui souffre, que quelqu’un qui se fait mal et commence à rire à cause du situation de comique.

      Car in fine, même si la situation n’a jamais été vécue, juste la reconnaissance facial permet un certain degrés d’empathie. non?

      Durant un pain school, j’ai aussi eu un débat avec un psychologue (thésard) qui aussi pense que l’empathie et le fait de percevoir la douleur chez quelqu’un n’est pas possible sans l’avoir vécue auparavant et encore, ca reste totalement différent / contexte différent.

      Mais le truc c’est qu’il est tout a fait possible de dissocié l’aspect cognitif/emotionel de l’aspect sensoriel.

      D’ailleurs ça a été montré chez l’homme, avec des couples, dont l’un recevait des stimulus douleurs et l’autre montrer de l’empathie mais pas d’activation des zones sensoriels (forcement vu qu’ils ne recevaient pas les stimulus). (souvenir de cours)

      Mais si l’empathie n’est possible qu’en ayant vécu la situation ou en partie. Certain situation, sont juste de la tristesse? voir un sdf, une personne séquestré/violé, se faire mal de tel sorte qu’on a jamais vécu cette douleur.
      Ou c’est de l’empathie par « projection », une sorte ressentie de la souffrance de l’autre, ou du moins comme on l’imaginerais si la situation nous arriverait?

      Après, je suis complètement d’accord, que l’empathie est clairement accentuer si la situation a déjà été vécu (même partiellement) avant. Quoi que, c’est pas le cas pour tous évidement.

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