Le Brilliant Blue G semble réduire les lésions tissulaires et augmenter la récupération suite à une lésion de la moelle épinière

La vulgarisation, je trouve ça à la fois génial, car cela permet d’informer les néophytes des avancés scientifiques. Mais je trouve ça aussi pas terrible quand c’est bourrée de faute et faut l’avouer c’est le cas de l’article « Le colorant utilisé pour les M-M’s bleus serait un remède contre les blessures de la colonne vertébrale »

Avant de parler des erreurs de vulgarisation, je vais un peu vous « franciser » cette découverte, en espérant être clair.

Puis aussi, si vous trouvez des fautes dans ce que j’ai écrit ou des avis à faire, n’hésitez pas en commentaire.

Donc l’article original est « Systemic administration of an antagonist of the ATP-sensitive receptor P2X7 improves recovery after spinal cord injury » dont parle et ne cite pas (non jamais citer ses sources c’est mal) le site susmentionné.

Lors de lésion du système nerveux, les cellules de la zone de lésions vont sécréter plusieurs types d’éléments pour permettre la cicatrisation, l’inflammation etc. Certain vont être favorable à la repousse axonale, d’autre non, certain vont être pro-inflammatoire, d’autre anti-inflammatoire afin de maintenir un équilibre. Le problème du système nerveux central, contrairement au périphérique, a une activité régénératrice plus faible. En cause de nombreux neurofacteurs, neuropeptides et autres molécules et protéines.

Dans le cas de cet article, ils parlent d’un récepteur ionique de l’ATP P2X7, il se trouve sur les neurones et les cellules gliales. L’ATP est principalement connue comme source principale d’énergie d’une cellule, mais dans le système nerveux c’est aussi un neurotransmetteur.

Ce qu’il faut savoir c’est que l’effet obtenu ne dépendant pas de la molécule mais du récepteur. Une même molécule peut avoir des effets complètement différents par deux récepteurs différents. Dans ce cas, il semble que le récepteur P2X7 serait impliqué dans la mort cellulaire suite à écotoxicité du calcium, en effet l’ATP qui va fixer ces récepteurs P2X7 va entrainer une très forte augmentation de calcium dans le neurone et dont activer les mécanismes d’apoptose (mort cellulaire programmée). En plus de cela, l’activation des P2X7 des cellules gliales dont la microglie, qui est impliqué dans le système immunitaire du système nerveux, va entrainer la sécrétion de molécule impliquait dans l’inflammation (interleukine, chémokine etc) et donc la favoriser. Le système immunitaire du système nerveux est à double tranchant, il empêche la repousse axonale, il est impliqué dans les douleurs, il entraîne des dommages cellulaires etc. Enfin, à l’heure actuelle (sauf erreur de ma part) les antagonistes et agonistes des récepteurs purinergiques ne sont pas encore très bon et très au point, dont certain ne passe même pas la barrière hématoencéphalique.

Dans l’article de Peng et al. (2009), ils ont voulu voir l’effet du Brilliant blue G, un antagoniste des récepteurs P2X7 de l’ATP et aussi un colorant alimentaire bleu, administré en intraveineuse 15 minutes après une lésion de la moelle épinière chez des rats. Point positif il passe la barrière hématoencéphalie et ne semble pas être « néfaste » (tout est une question de quantité) chez l’homme. Ils ont donc fait une lésion de la moelle épinière, chez un groupe de rat ils ont injecté du BBG 10mg/kg, un autre du BBG 50mg/kg et un troisième une solution saline. Ensuite ils ont mesuré différent paramètres : taille de la lésion, activité motrice, activation des cellules gliales, localisation du BBG etc.

Suite à ca, ils ont obtenus des résultats très intéressant. D’une part le BBG, antagoniste des récepteurs P2X7 de l’ATP, injecté en intraveineuse s’accumule à la zone de lésion, il en a en faible quantité ailleurs ce qui rend tout de même la peau et l’œil légèrement bleuté. Ca entraîne une perte moins importante des cellules à la lésion. Les rats recevant du BBG récupèrent leur fonction motrice mieux et plus vite que les rats recevant une solution saline. Enfin les rats traités au BBG ont une activation microgliale plus faible et une inflammation moins importante.

En conclusion, ces recherches sont très prometteuses pour permettre une possible réduction des dommages tissulaires et meilleurs récupérations suite à une lésion de la moelle épiaire, d’autant plus que le BBG est déjà utilisé comme colorant alimentaire donc peut être moins « dangereux » ou à « moindre » effet secondaire. Espérant que des essaies cliniques seront menés afin d’en connaitre les résultats.

Je vais enfin boucler cet article par la liste des erreurs qu’on retrouve dans l’article de vulgarisation :

  1. « Les blessures de la colonne vertébrale » : Se sont des blessures de la moelle épinière pas de la colonne vertébrale.
  2. « le Brilliant Blue G aurait ainsi permis à des rats blessés de marcher à nouveau, alors que les animaux n’ayant pas reçu le produit n’auraient jamais retrouvé cette faculté. » : Non, les rats ayant reçus une solution saline récupèrent aussi mais moins bien et moins vite.
  3. « le colorant devrait être administré au patient par intraveineuse dans le quart d’heure suivant l’accident pour être vraiment efficace. » : 15 min chez le rat OUI, mais cela ne veut pas dire que sera 15min la valeur optimal chez l’homme.

Voila, j’espère avoir été claire et ne pas avoir fait de faute. Quoi qu’il en soit, c’est bien dommage que les articles de vulgarisation soit vraiment incomplet et avec des fautes.

Source: Systemic administration of an antagonist of the ATP-sensitive receptor P2X7 improves recovery after spinal cord injury. Peng W, Cotrina ML, Han X, Yu H, Bekar L, Blum L, Takano T, Tian GF, Goldman SA, Nedergaard M. Proc Natl Acad Sci U S A. 2009 Jul 28;106(30):12489-93

Helran

L’expérimentation animale

@Playmogeek c’est ma muse scientifique 🙂 Il me passe des liens en rapport de loin ou de près avec les sciences que je commente sur twitter et en final j’en écrit un billet sur ce blog, car 140 caractères c’est quand même court.

Aujourd’hui il m’a envoyait le lien du comité pro anima (anti vivisectioniste) qui apportent des arguments que je trouve contestable.

Ce qu’il faut savoir, c’est que lorsque l’on fait de la recherche sur des animaux vivants, dans mon cas le rat, on est soumis à une autorité éthique et à des règles éthiques. On ne fait pas n’importe quoi, n’importe comment avec des animaux et encore heureux. Bien que j’utilise des rats et qu’en plus j’étudie la douleur, je peux vous assurez que je ne maltraite et ne torture pas mes rats bien au contraire. Mon directeur de labo et mes collègues sont d’ailleurs étonnés de voir à quel point j’ai un sens éthique développé. Ils sont aussi étonnés à chaque fois de voir à quel point je manipule mes animaux avec soin.

Un cas très flagrant concerne l’insertion de la seringue dans la canule (implantée dans le cerveau du rat). Mes rats sont tellement habitués à moi, que j’insère la seringue à une seule main. Avec ma deuxième main, j’ai les doigts posés sur l’animal mais je ne sert pas, c’est réellement juste posé ou caressé, ces rats ne sont pas stressés. Je les pose sur la table et prépare ma seringue. Aucun ne cours se cacher, aucun n’est pétrifié, ils gardent leurs curiosité. Puis vient la manipulation, ils sont habitués, ils savent que lorsque ma main gauche est posé sur leur dos c’est que je vais injecter la substance (avec ma main droite) et donc ils arrêtent de bouger, dès que j’enlève ma main gauche, ils redeviennent curieux et sniff les alentours.

Voila comment je traite mes rats ! Mon directeur on voyant ça m’a dit « Ah bah avec toi, le facteur stress est absent ».

Bref, tout ça pour vous expliquer que ce n’est pas parce que l’on fait de l’expérimentation animale qu’on est cruel et sanguinaire !!!

A vrai dire je voulais surtout vous parlez des différents points qu’aborde le site web sus-mentionné. Il y a évidement des choses indéniables, un rat n’est pas un être humain mais c’est tout de même un mammifère. Donc certes certaines molécules qui ont un effet donnée sur le rat ne l’aura pas ou aura un différent chez l’être humain. Mais ce n’est pas non plus toujours le cas contrairement à ce que laisse penser ce site. De tout ça il en résulte qu’un modèle animale n’est évidement pas parfait et ne peux jamais reproduire tous les aspects d’une pathologie donnée, mais des critères sont obligatoires pour valider un modèle afin qu’il soit le plus proche de la pathologie humaine, mais je ne m’attarderais pas sur ces critères.

Ensuite, ils parlent de moyen pour remplacer l’animal. C’est l’un des principes de la règles des 3 R (réduire, raffiner, remplacer) en éthique. Favoriser le modèle mathématique puis les cellules puis l’animal en entier quand il n’y a pas le choix. Le problème lorsque l’on fait des neurosciences et qu’on aborde l’aspect intégré (exemple la douleur, la dépression, la schizophrénie, l’addiction etc), l’animal dans son entier est nécessaire et obligatoire. Si on se base sur les neurosciences, il parle de technique d’imagerie comme l’IRM ou le PET, alors oui cela est non invasif et apporte des données, mais en aucun cas nous explique comment un mécanisme fonctionne.

Dernier point, il parle d’utiliser l’homme (en faisant référence au technique d’imagerie ou d’analyse chimique) ou des cellules humaines en cultures. Encore une fois le problème de l’in vitro ce pose, car une cellule isolé répond d’une façon à une drogue mais pas forcement de la même manière lors qu’elle est dans un tissu, dans un organe, dans un corps entier. Puis encore une fois, dans le cas d’étude et de perspective thérapeutique dans certain domaine des neurosciences, pour étudier une pathologie ou l’effet d’une substance, il nous faut insérer des électrodes, des canules, stimuler des neurones etc. Doit-on utiliser l’humain ? Sachant que pour valider les travaux il faut vérifier que l’électrode et la canule soient placées au bonne endroit, je vous laisse donc deviner la finalité.

En conclusion dans certain domaine scientifique on ne peux se passer de l’expérimentation animal, c’est nécessaire, indispensable et obligatoire. C’est à nous de prendre soin de nos animaux et de tout faire pour qu’ils ne souffrent pas, d’ailleurs, un animal de laboratoire, en tout cas les miens, ne souffre pas. Enfin, le site, n’arrête pas de dire qu’une molécule donnée ne fait absolument pas la même chose d’une espèce à l’autre, ce qui est assez faux. Certes dans certain cas mais pas dans tous. Exemple les antidépresseurs, les antidouleurs etc.

Helran