L’hypothèse monoaminergique (déséquilibre chimique) de la dépression est fausse !

Le thème du jour est « la dépression ». La dépression est une maladie neurologique qui nécessite un traitement et un suivi. Le diagnostic se fait en fonction de critères précis et de leur durée dans le temps (qu’on retrouve dans le DSM IV).

En fait, ce billet n’est pas là pour entrer dans les détails de la dépression, mais pour casser un mythe, l’hypothèse monoaminergique de la dépression.

Il y a très longtemps, on pensait que la dépression était due à un problème monoaminergique (il existe plusieurs monoamines, mais celles qui nous intéressent ici sont la sérotonine, la noradrénaline et la dopamine), appelé aussi «déséquilibre chimique ». En gros, la dépression serait due à un manque ou insuffisance de monoamine. C’est d’ailleurs sur cette quantité de monoamine qu’agit les antidépresseurs :

  • Antidépresseurs tricycliques : Ils empêchent la reuptake (reprise/recapture) depuis la fente synaptique des monoamines (noradrénaline, sérotonine et dopamine). En gros, ils vont bloquer les transporteurs qui recapture ces monoamines.
  • Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), fonctionne de la même façon que les tricycliques, sauf qu’il empêche sélectivement la recapture de la sérotonine.
  • Ils inhibent l’enzyme qui dégrade les monoamines (MAO = Monoamine oxydase) de fonctionner. Les monoamines ne sont donc pas dégrader correctement donc ils restent dans la fente synaptique et cela prolonge leurs actions.

Sauf que cette théorie est fausse et malheureusement, elle est encore énormément véhiculée par les non connaisseurs en neurosciences mais aussi (et plus problématique) par les médecins et psychiatre/psychologue (encore plus les oldschool qui n’ont aucune idée de comment fonctionne les maladies qu’ils diagnostiquent).

Voici plusieurs points qui vous expliquent pourquoi cette théorie est totalement fausse :

  • Il n’y aucune corrélation entre le taux de sérotonine et l’humeur/dépression. (Et on ne parle que de corrélation, à ne pas confondre avec causalité. Mais si déjà, il n’y a aucune corrélation…).
  • La réduction du taux de sérotonine chez des personnes saines n’entraîne pas de dépression.
  • Il n’y aucune corrélation entre le taux de monoamine et la dépression.
  • Les antidépresseurs qui agissent sur les monoamines ont un effet antidépressif seulement à partir de plusieurs semaines d’utilisation, alors que leurs actions sur les monoamines sont immédiates (augmentation du taux de monoamine est immédiat).

En fait, la dépression, maladie neurologique, est due à un problème de plasticités synaptiques. La plasticité synaptique est, en gros, le remodelage permanent de votre système nerveux tout le long de votre vie.

Pour finir, si les antidépresseurs font bien effet, mais seulement à partir plusieurs semaines d’utilisation, (et encore, l’efficacité dépend aussi du facteur socio-économique du malade, si, si) c’est parce qu’ils induisent des changements de plasticité synaptique. D’ailleurs les ISRS (comme la fluoxétine) sont utilisés en ce moment en court de test clinique en Finlande, la phase 2a vient de se terminer, pour corriger l’amblyopie, qui est un trouble visuel dû à un problème du cerveau. Je n’entrerais pas dans les détails ici mais en gros les ISRS ré-ouvrent la période critique de plasticité synaptique du système visuel.Cela fonctionne très bien chez le rat, espérons que cela marchera aussi bien chez l’Homme.

J’espère vous avez bien montré que l’hypothèse du déséquilibre chimique dans la dépression est fausse. L’hypothèse actuelle, celle qui semble la plus juste et justifiée, est la théorie de la plasticité synaptique. Quoi qu’il en soit, j’espère que lorsque vous entendrez quelqu’un, même un médecin, parler de cette théorique monoaminergique, vous pourrez enfin lui dire qu’il a faux et pourquoi.

Comments

  1. Whaaaouuu, enfin un article qui me cloue sur place. Franchement, un grand bravo d’aborder un tel sujet, je ne pense pas qu’il soit accessible à tout le monde, mais en tous les cas, tu confirmes bien mon sentiment, pour avoir été confronté de très près à ce problème, que beaucoup de malades sont traités à tord et gavés de substances pas si inoffensives que ça (certains des médicaments dont tu parles ont tout simplement pour effet secondaire… la mort soudaine) ce qui à mon avis contribue à les rendre en plus de la maladie, dépendants de ces substances psycho actives (si ce n’était pas commercialisé sur ordonnance, ça serait qualifié de drogue). Go on dans tes articles super instructifs !

    • Nan mais elle n’entraine pas la mort et ce ne sont pas des drogues. Mais bien des médicaments, qui pris en quantité et pour des maladies dont elles sont utilisés, aident le patient. Effet secondaire oui, pas toujours et ca dépends de la dose. Mort subite, non sauf si overdose. Ou alors, c’est en début de traitement, mais prendre des antidepresseurs sans être suivi médicalement, c’est de la connerie.
      Les depressifs en ont besoin! Je ne parle pas des déprimes ou mélancholie ou coup de mou, qui sont totalement normales !

  2. Je te promets, c’était écrit noir sur blanc sur la notice, entre plusieurs autres effets « indésirables » et ce n’était pas en cas d’overdose. Autant te dire que quand tu accompagnes des personnes sous de tels traitements, c’est pas facile de dormir la nuit…

    • Oui enfin d’une part faut pas oublier l’effet nocébo juste en lisant la liste des effets secondaires. Mais sinon, dans le cas des morts subites, à mon avis, c’est extrêmement extrêment extrêmement rare !
      Mais oui, j’ai aussi eu des amis sous antidepresseurs/anxiolitiques etc et les effets secondaires étaient assez présent, jusqu’à ce qu’on lui trouve le bon antidepresseur et à la bonne dose pour elle.

  3. C’est ça, à chaque changement une modification du comportement, de l’humeur, des effets secondaires voire un changement total du rythme circadien. par contre, en essayant de rester objectif, je pense que certains traitements accentuent nettement les troubles qu’ils sont censés atténuer…

    • Oui c’est possible, mais aussi faut voir quelle traitement pour quelle maladie. Comme dit, là je parle de la dépression, donc d’une maladie chronique neurologique, pas de déprime passagère etc. Car il y a évidement prescription à tout va d’antidepresseur pour tout et n’importe quoi, ce qui ne devrait pas avoir lieu et donc forcément effet secondaire etc.
      Surtout que les effets secondaires (en mauvaise quantité et pas à la bonne personne) peuvent être assez lourd –> probleme de sommeil comme tu l’as dit, devenir un loque etc.

  4. On parle de la même chose, avec suivi psychiatrique par 3 praticiens et une infirmière psychologue, le tout entrecoupé de séjour en psy tous les 6 mois. Donc le traitement était suivi et de près (il y avait des antécédents de surdose et de TS). Par contre, juste pour revenir sur une chose, le « patient » n’était pas informé des effets secondaires que j’ai évoqués plus haut, et je pense que vu son état, c’était préférable de ne pas faire entrer cette crainte supplémentaire chez elle…

Laisser un commentaire