Neurobiologie de l'amour
Posted by Helran | Posted in News, Sciences | Posted on 23-06-2010
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Les sentiments amoureux ont 3 composantes : une phase d’excitation sexuelle (dirigée vers plusieurs personnes), la passion amoureuse (dirigée vers un individu précis) et l’attachement (conjugal ou filial). Malgré quelques structures communes, ces trois composantes impliquent des voix et molécules différentes, que je vais décortiquer et vulgariser. L’amour n’est finalement qu’une histoire de neurosciences !
Oh, tu m’excites toi ! Et toi aussi d’ailleurs ! Et toi… puis toi… SEX !
L’hormone impliquée dans l’excitation sexuelle et la libido, tant chez l’homme que la femme, est la testostérone. Le taux de testostérone est différent et plus important chez l’homme mais ça ne veut pas dire que cette hormone est absente chez la femme, où elle varie au cours du cycle hormonal. Le taux est en effet le plus élevé au moment de l’ovulation, d’où un désir sexuel plus important durant cette période. Une méta-analyse des données scientifiques concernant l’effet d’un contraceptif oral sur la libido révèle que le sujet est controversé : au final, certaines études montrent que ces contraceptifs oraux augmentent la libido, d’autres tendent à mettre en évidence qu’elle la diminuent, ou encore qu’elles n’ont aucun effet. Finalement, l’effet, s’il existe, diffère en fonction des femmes. Enfin, j’ajoute à titre informatif que l’œstradiol est produit à partir de la testostérone.
Je ne vais pas trop vous ennuyer avec toute la neuroanatomie, le but n’étant pas de vous faire une liste des structures aux noms plus ou moins sortie de nulle part. Mais au niveau anatomofonctionel, il y a plusieurs composantes en jeu, qui impliquent différentes structures (corticales et sous-corticales).
Ces composantes sont : cognitive, émotionnelle, motivationnelle et autonome. (Voici tout de même des exemples repris d’une publi citée en bas d’article, histoire que vous ayezune idée: « l’insula antérieur serait impliqué dans la tonalité affective du comportement », « cortex orbitofrontal dans la régulation de l’expression émotionnelle », « hypothalamus dans la réponse autonome préparation à l’acte sexuel », « amygdale, l’insula (et d’autre) dans la dimension émotionnelle de l’excitation » ou encore les noyaux striés dans la composante motivationnelle.)
Au final, cela entraîne une réponse motrice et comportementale appropriée. Bah oui, vous n’allez pas sauter sur la personne qui vous attire sexuellement si son copain (catcheur et champion mondial d’haltérophile) est à coté, ou vous toucher le bout si vous êtes en train de donner une conférence, si soudainement une charmante personne passe devant vous. Mais ca ne vous empêchera pas d’être tout émoustillé (merci système autonome) et d’avoir une folle envie de lui sauter dessus. Ou au contraire, de vous adonner aux joies du sexe avec une personne dans un contexte propice.
Bref, en gros chacune des composantes suscitées (avec les structures impliquées) vont communiquer entre elles pour choisir la meilleure solution. Il est d’ailleurs assez marrant de voir que cette solution peut être complètement différente en fonction du taux d’alcool bu dans la soirée. L’alcool désinhibe : donc les acteurs de votre cerveau, supposés empêcher tout comportements inappropriés en fonction de la situation, sont quelques peu aux abonnés absents.
Ô Amour !
Ah l’amour ! La passion amoureuse, l’attirance par une personne… Stoppons le romantisme et parlons neurosciences (bah quoi c’est sexe les neurosciences !). Encore une fois, je ne vais pas vous étaler la liste des quelques structures qui s’activent ou se désactivent (d’ici la fin de l’article vous aurez déjà oublié le « Caude Putamen » ou encore « l’aire tegmental ventral ») dans le cadre de cette fougue amoureuse. Mais ici aussi, plusieurs choses entrent en jeu. En fait, l’amour c’est un peu une équation qui peut grossièrement se résumer à : Plaisir + Obsession – Sens critique/jugement = Amour.
Il y a donc le plaisir. Aaaah ! Le plaisir de le voir nous sourire, le bien-être qu’on éprouve en sa présence, l’euphorie que sa voix nous procure… Ce plaisir, nous le devons à la dopamine et au circuit du plaisir et de la récompense (vous savez, le même système sur lequel agit les drogues).
Au début du « romantic love », on a tous des pensées obsessionnelles, on pense tout le temps à LUI (ou elle) par exemple. On a cette folie, cette obsession pour lui ! Rien de mystérieux dans ce phénomène. Deux choses pourraient l’expliquer : d’une part la sérotonine qui décroit, phénomène commun chez des personnes atteintes de trouble obsessionnel compulsif, et d’autre part l’activation du cortex singulaire.
Voila que je vais casser le « falling in love » (oui je sais, je suis cruelle) ! Ce phénomène pourrait donc être du à l’augmentation d’une neurotrophine nommé NGF (= Nerve Growth Factor).
Enfin, il parait que l’amour rend aveugle. On ne prête pas attention aux défauts et manies de son partenaire (qui nous mettraient hors de nous chez d’autres ?!). On laisse donc passer beaucoup de choses (qui ne passerait pas chez les autres ?!). Encore une fois, c’est normal, notre sens critique et du jugement rationnel sont réduitss à cause de la désactivation des aires corticales impliquées dans ces phénomènes.
Oh oui attache moi !
Euh non, je ne vous parle pas de relation sadomasochiste mais de la dernière étape dans cette histoire de neurobiologie de l’amour. A savoir l’attachement, l’engagement envers une personne.
2 hormones sont à retenir : Ocytocine et Vasopressine (allez je casse une dernière fois le romantisme : vasopressine alias AVP alias hormone antidiurétique (= réduit la quantité d’urine dans la vessie)) ! Toutes deux sont impliquées dans les interactions sociales, l’attachement maternel et l’attachement dans un couple.
Ces hormones sont produites par l’hypothalamus et secrétés par l’hypophyse dans le sang. La concentration de ces deux hormones augmente durant la phase d’amour intense et d’attachement. De plus, elles sont spécialement sécrétées durant l’orgasme ! (Doit-on en conclure que pour rester amoureux de son partenaire et qu’il reste amoureux de soi, il faut faire du sexe !?)
Concernant l’AVP, chez les mecs, elle est impliquée dans l’attachement envers une nana, l’agressivité envers les rivaux et le comportement paternel. Il a d’ailleurs été montré que ceux qui possèdent une variante du gène AVPR1A (codant pour un récepteur de l’AVP) sont plus enclins à ne pas se marier ou à avoir des problèmes de couple, due justement à un problème d’attachement amoureux.
Avant de conclure, voici un schéma de cerveau avec les principales structures impliquées dans ces sentiments amoureux :

En conclusion, l’amour et l’alchimie amoureuse n’ont finalement rien de magique, et dire « écoute ton cœur » est quelque peu « du gros n’importe quoi ». Car finalement, toute cette magie qui s’opère, de l’excitation sexuelle à la relation à long terme, n’est qu’une histoire d’hormones et de neuromodulateurs. Tout s’explique par la communication entre nos différentes structures corticales, sous-corticales et avec le reste de notre corps humain : de la neurophysiologie en d’autres termes.
Je viens donc de briser les clichés romantiques, pour vous dépuceler de cette magie mystérieuse qu’on appelle l’amour… Et qui du coup n’a plus rien de magique !
Source:
- Collongues N, Cretin B, de Seze J, Blanc F, [Love and neurology.], Rev Neurol (Paris). 2010 May 11.
- Davis AR, Castaño PM., Oral contraceptives and libido in women., Annu Rev Sex Res. 2004;15:297-320.
- Emanuele E, Politi P, Bianchi M, Minoretti P, Bertona M, Geroldi D., Raised plasma nerve growth factor levels associated with early-stage romantic love., Psychoneuroendocrinology. 2006 Apr;31(3):288-94.
- Walum H, Westberg L, Henningsson S, Neiderhiser JM, Reiss D, Igl W, Ganiban JM, Spotts EL, Pedersen NL, Eriksson E, Lichtenstein P., Genetic variation in the vasopressin receptor 1a gene (AVPR1A) associates with pair-bonding behavior in humans., Proc Natl Acad Sci U S A. 2008 Sep 16;105(37):14153-6
- Zeki S, The neurobiology of love., FEBS Lett. 2007 Jun 12;581(14):2575-9
Helran
P.s.: Merci à Gaëlle-Marie du blog ZoneZéroGène (qu’est ce qu’il poutre ce blog!) pour la correction du texte

Merci! depuis de nombreuses années, je crois que nos « consciences » tentent d’expliquer ce que nos hormones gèrent au quotidien. L’homme à besoin de rationnaliser, et en oublie parfois … de vivre.
Merci
Je veux pas où est la contradiction dans le fait de vivre et rationaliser en même temps.
Perso, je n’y vois aucune contradiction
Juste un fait « social » l’humain, en quête de rationalisation, admet difficilement qu’il est d’abord guidé par son « animalité (ses hormones).
C’est une vision, rien de plus. Un point de vue. Pas plus (et pas moins).
C’est intéressant, mais étrange. Non ce qui est expliqué sur tous ces mécanismes subtils qui nous font aimer, dédierer, et toutes ces sortes de choses, mais ce message assené en arrière-plan de la mécanique neurologique, que « ce n’est que ça », qui semble d’autant plus répété avec insistance qu’il n’est nulle part démontré.
Cela m’évoquerait par exemple une volonté de réduire, par une explication dite « rationnelle » ou « scientifique » Mme Bovary à une histoire de papier, de colle et d’encre…
Tout un pan de la réalité, celle qui se déploie dans la dimension subjective, sembje curieusement absente de cette explication des mécanismes…
Un autre article sympa! Je suis aussi allé visiter Zone ZéroGène
Ma copine est aussi fan!
Article très instructif mais aussi très descriptif au final
S’il y a effectivement des mécanismes physiologiques en jeu dans les relations humaines (amoureuses ou sexuelles) et qu’il est indispensable de les comprendre, ce serait encore mieux de savoir comment influer sur ces mécanismes. Il y a là effectivement une zone grise entre éthique et morale… Pourrait-on générer le sentiment amoureux à volonté par exemple ? Les histoires populaires évoquant les filtres d’amour n’étaient finalement pas si fausses !