Neurobiologie de l'amour

Les sentiments amoureux ont 3 composantes : une phase d’excitation sexuelle (dirigée vers plusieurs personnes), la passion amoureuse (dirigée vers un individu précis) et l’attachement (conjugal ou filial). Malgré quelques structures communes, ces trois composantes impliquent des voix et molécules différentes, que je vais décortiquer et vulgariser. L’amour n’est finalement qu’une histoire de neurosciences !

Oh, tu m’excites toi ! Et toi aussi d’ailleurs ! Et toi… puis toi… SEX !
L’hormone impliquée dans l’excitation sexuelle et la libido, tant chez l’homme que la femme, est la testostérone. Le taux de testostérone est différent et plus important chez l’homme mais ça ne veut pas dire que cette hormone est absente chez la femme, où elle varie au cours du cycle hormonal. Le taux est en effet le plus élevé au moment de l’ovulation, d’où un désir sexuel plus important durant cette période. Une méta-analyse des données scientifiques concernant l’effet d’un contraceptif oral sur la libido révèle que le sujet est controversé : au final, certaines études montrent que ces contraceptifs oraux augmentent la libido, d’autres tendent à mettre en évidence qu’elle la diminuent, ou encore qu’elles n’ont aucun effet. Finalement, l’effet, s’il existe, diffère en fonction des femmes. Enfin, j’ajoute à titre informatif que l’œstradiol est produit à partir de la testostérone.

Je ne vais pas trop vous ennuyer avec toute la neuroanatomie, le but n’étant pas de vous faire une liste des structures aux noms plus ou moins sortie de nulle part. Mais au niveau anatomofonctionel, il y a plusieurs composantes en jeu, qui impliquent différentes structures (corticales et sous-corticales).

Ces composantes sont : cognitive, émotionnelle, motivationnelle et autonome. (Voici tout de même des exemples repris d’une publi citée en bas d’article, histoire que vous ayezune idée: « l’insula antérieur serait impliqué dans la tonalité affective du comportement », « cortex orbitofrontal dans la régulation de l’expression émotionnelle », « hypothalamus dans la réponse autonome préparation à l’acte sexuel », « amygdale, l’insula (et d’autre) dans la dimension émotionnelle de l’excitation » ou encore les noyaux striés dans la composante motivationnelle.)

Au final, cela entraîne une réponse motrice et comportementale appropriée. Bah oui, vous n’allez pas sauter sur la personne qui vous attire sexuellement si son copain (catcheur et champion mondial d’haltérophile) est à coté, ou vous toucher le bout si vous êtes en train de donner une conférence, si soudainement une charmante personne passe devant vous. Mais ca ne vous empêchera pas d’être tout émoustillé (merci système autonome) et d’avoir une folle envie de lui sauter dessus. Ou au contraire, de vous adonner aux joies du sexe avec une personne dans un contexte propice.

Bref, en gros chacune des composantes suscitées (avec les structures impliquées) vont communiquer entre elles pour choisir la meilleure solution. Il est d’ailleurs assez marrant de voir que cette solution peut être complètement différente en fonction du taux d’alcool bu dans la soirée. L’alcool désinhibe : donc les acteurs de votre cerveau, supposés empêcher tout comportements inappropriés en fonction de la situation, sont quelques peu aux abonnés absents.

Ô Amour !
Ah l’amour ! La passion amoureuse, l’attirance par une personne… Stoppons le romantisme et parlons neurosciences (bah quoi c’est sexe les neurosciences !). Encore une fois, je ne vais pas vous étaler la liste des quelques structures qui s’activent ou se désactivent (d’ici la fin de l’article vous aurez déjà oublié le « Caude Putamen » ou encore « l’aire tegmental ventral ») dans le cadre de cette fougue amoureuse. Mais ici aussi, plusieurs choses entrent en jeu. En fait, l’amour c’est un peu une équation qui peut grossièrement se résumer à : Plaisir + Obsession – Sens critique/jugement = Amour.

Il y a donc le plaisir. Aaaah ! Le plaisir de le voir nous sourire, le bien-être qu’on éprouve en sa présence, l’euphorie que sa voix nous procure… Ce plaisir, nous le devons à la dopamine et au circuit du plaisir et de la récompense (vous savez, le même système sur lequel agit les drogues).

Au début du « romantic love », on a tous des pensées obsessionnelles, on pense tout le temps à LUI (ou elle) par exemple. On a cette folie, cette obsession pour lui ! Rien de mystérieux dans ce phénomène. Deux choses pourraient l’expliquer : d’une part la sérotonine qui décroit, phénomène commun chez des personnes atteintes de trouble obsessionnel compulsif, et d’autre part l’activation du cortex singulaire.

Voila que je vais casser le « falling in love » (oui je sais, je suis cruelle) ! Ce phénomène pourrait donc être du à l’augmentation d’une neurotrophine nommé NGF (= Nerve Growth Factor).

Enfin, il parait que l’amour rend aveugle. On ne prête pas attention aux défauts et manies de son partenaire (qui nous mettraient hors de nous chez d’autres ?!). On laisse donc passer beaucoup de choses (qui ne passerait pas chez les autres ?!). Encore une fois, c’est normal, notre sens critique et du jugement rationnel sont réduitss à cause de la désactivation des aires corticales impliquées dans ces phénomènes.

Oh oui attache moi !
Euh non, je ne vous parle pas de relation sadomasochiste mais de la dernière étape dans cette histoire de neurobiologie de l’amour. A savoir l’attachement, l’engagement envers une personne.

2 hormones sont à retenir : Ocytocine et Vasopressine (allez je casse une dernière fois le romantisme : vasopressine alias AVP alias hormone antidiurétique (= réduit la quantité d’urine dans la vessie)) ! Toutes deux sont impliquées dans les interactions sociales, l’attachement maternel et l’attachement dans un couple.

Ces hormones sont produites par l’hypothalamus et secrétés par l’hypophyse dans le sang. La concentration de ces deux hormones augmente durant la phase d’amour intense et d’attachement. De plus, elles sont spécialement sécrétées durant l’orgasme ! (Doit-on en conclure que pour rester amoureux de son partenaire et qu’il reste amoureux de soi, il faut faire du sexe !?)
Concernant l’AVP, chez les mecs, elle est impliquée dans l’attachement envers une nana, l’agressivité envers les rivaux et le comportement paternel. Il a d’ailleurs été montré que ceux qui possèdent une variante du gène AVPR1A (codant pour un récepteur de l’AVP) sont plus enclins à ne pas se marier ou à avoir des problèmes de couple, due justement à un problème d’attachement amoureux.

Avant de conclure, voici un schéma de cerveau avec les principales structures impliquées dans ces sentiments amoureux :

Neurobiologie de l'amour

En conclusion, l’amour et l’alchimie amoureuse n’ont finalement rien de magique, et dire « écoute ton cœur » est quelque peu « du gros n’importe quoi ». Car finalement, toute cette magie qui s’opère, de l’excitation sexuelle à la relation à long terme, n’est qu’une histoire d’hormones et de neuromodulateurs. Tout s’explique par la communication entre nos différentes structures corticales, sous-corticales et avec le reste de notre corps humain : de la neurophysiologie en d’autres termes.

Je viens donc de briser les clichés romantiques, pour vous dépuceler de cette magie mystérieuse qu’on appelle l’amour… Et qui du coup n’a plus rien de magique !

Source:
– Collongues N, Cretin B, de Seze J, Blanc F, [Love and neurology.], Rev Neurol (Paris). 2010 May 11.
– Davis AR, Castaño PM., Oral contraceptives and libido in women., Annu Rev Sex Res. 2004;15:297-320.
– Emanuele E, Politi P, Bianchi M, Minoretti P, Bertona M, Geroldi D., Raised plasma nerve growth factor levels associated with early-stage romantic love., Psychoneuroendocrinology. 2006 Apr;31(3):288-94.
– Walum H, Westberg L, Henningsson S, Neiderhiser JM, Reiss D, Igl W, Ganiban JM, Spotts EL, Pedersen NL, Eriksson E, Lichtenstein P., Genetic variation in the vasopressin receptor 1a gene (AVPR1A) associates with pair-bonding behavior in humans., Proc Natl Acad Sci U S A. 2008 Sep 16;105(37):14153-6
– Zeki S, The neurobiology of love., FEBS Lett. 2007 Jun 12;581(14):2575-9

Helran

P.s.: Merci à Gaëlle-Marie du blog ZoneZéroGène (qu’est ce qu’il poutre ce blog!) pour la correction du texte

Comments

  1. Je viens d’y penser et pourquoi pas faire un topo sur le sentiment en général en comparant sentiment amoureux, sexuel, amical, de famille, de progéniture.

  2. Je lisais un bouquin dernièrement qui disait, entre autres, que l’expression « xxx n’est que yyy » était typique du réductionnisme. Bon, en même temps, ça tombe sous le sens, mais voilà, j’ai donc souri en lisant la conclusion.
    Pour ma part, je la pense erronée car elle réduit un phénomène à l’une de ses dimensions. Le « mythe » me semble donc rester intact.

    Du reste, après avoir lu plusieurs articles d’affilée, je te dirai également que je trouve ton blog vraiment intéressant !

    Signée, une doctorante en neurosciences.

    • « « xxx n’est que yyy » » Évidement, je n’ai pas pris l’aspect psychologique ici volontairement pour me focaliser que sur l’aspect chimiques/moléculaires.

  3. Evidemment, évidemment, je ne fais que te citer :).
    Mais je maintiens, si tu laisses des aspects de côté, et que c’est d’ailleurs volontaire, pouquoi cette conclusion : « En conclusion, l’amour et l’alchimie amoureuse n’ont finalement rien de magique, et dire « écoute ton cœur » est quelque peu « du gros n’importe quoi ». Car finalement, toute cette magie qui s’opère, de l’excitation sexuelle à la relation à long terme, n’est qu’une histoire d’hormones et de neuromodulateurs.  » ? C’est curieux !! De mon point de vue, il aurait mieux valu que tu « crois » sincèrement à ta conclusion car là je me dis « Ah. Soit. » avec les yeux gros comme ça oO.

    Anyway 🙂

    • Mais parce que c’est le cas. XD même si tu ajoutés l’aspect psychologie et socio culturel. Ça reste des histoires de neuromldulateur et neuromediateur dans des réseaux neuronaux.
      Rien de magique, rien de surnaturel, rien de tout ça.
      D’ailleurs un exemple, concerne les autistes, peut importe le niveau d’autisme, ils ne ressentent ni émotions ni n’en perçoivent.

    • Si je n’ai pas parler de l’activité pshyco socio culturel c’est parce que ce n’est pas mon domaine. Mais qu’une personne soit attiré par les blond ou brun, ça reste des réactions qui se déroulent dans son cerveau.

  4. Oui enfin dans ce cas-là, on arrête tout. Pris comme ça, pratiquement TOUT n’est qu’une histoire de neurotransmetteurs et compagnie. L’autisme ? Tss, qu’une histoire de neurotransmetteurs. La maladie de Parkinson ? Pfff, qu’une sale histoire de neurotransmetteurs. L’anxiété ? Tsss, cherche pas, qu’une histoire de neurotransmetteurs et d’hormones. Bon hein… C’est comme dire « C’est génétique ! ».

    Que les autres aspects aient un impact sur ce qui passe dans le cerveau, et se traduisent donc par une activité neuronale particulière, c’est un fait car c’est le substrat. Maintenant, ça ne signifie pas que « ce n’est que » et ce genre de propos est même dangereux.
    Ta réponse à mon dernier message est bien trouvée et je salue ça, mais je la trouve malhonnête. Quelqu’un qui lit ton article se dira « Je suis attiré par ce gros con qui me bat, mais je n’y peux rien. Tout n’est que neurobiologie donc laissez-moi tranquille ». Et c’est bien la raison pour laquelle j’ai voulu ramener dans l’équation l’existence d’autres paramètres, que je n’ai d’ailleurs pas cités. Je n’avais pas prévu de me lancer dans une argumentation, c’est ballot lol.

    Donc vraiment si Y + Z + A = B (1), en conclure que A n’est que B soit A = B (2) est abberrant. Cela même si Y et Z étaient négligeables. Enfin, à part si entre temps, on a inventé la mathématique quantique :D.

    Et avant de partir, le fait que les autistes ne ressentent pas d’émotion n’est pas si sûr. J’avais lu des articles là-dessus dernièrement. Malheureusement, je n’ai aucune référence en tête.

    • Rien à voir avec dire « tout est génétique ». Car dire « c’est une histoire de neurotransmetteur » implique justement toute l’aspect génétique, épigénétique, réseaux neuronaux, conditionnement social (au sens large).

      Autisme, Parkinson etc… mais bien sure que c’est une histoire de neurotransmetteur. Si ton cerveau durant la neurogenèse a été mal formé c’est parce qu’il y a une un problème dans son développement qui implique toutes la circuitrie (génétique, épigénétique etc), pour parkinson c’est la mort de certain neurone, c’est un problème de système neuronal (facteur génétique, épigénétique, moléculaire, cellulaire etc).

      «  »Je suis attiré par ce gros con qui me bat, mais je n’y peux rien. Tout n’est que neurobiologie donc laissez-moi tranquille » »
      Ca ne veut pas dire ça du tout mon article Oo Si la nana est attiré par le gros con, c’est parce qu’il y a un ensemble de facteur psychologique et conditionnement qui entre en jeu, mais la résultante reste « système neuronaux » au sens large.

      « l’existence d’autres paramètres » –> Lesquels ? Autre que psychologique, cognitif, conditionnement, génétique, épigénétique et tout ce qui de chimique entre (moléculaire+cellulaire) ?

      Dans mon article, ce n’est pas « Y + Z + A = B »
      C’est plutôt comment au niveau chimique cela s’opère. Il est totalement évidement que l’aspect socio/psycho etc est impliqué. Mais ce n’est pas le sujet là. Surtout qu’in finne, ça va mener à cette décharge neuronale ou non.

      Je veux bien l’article sur les autismes, si jamais ça vous vient en tête. Sur ce que j’ai lu + documentaire sur les autistes haut niveaux et ce donc capable de parler et d’interagir avec les autres. Ils disaient eux même, donc un couple d’autiste, qu’ils étaient en couple car les autres le fond, mais ne savent pas du tout ce que c’est de ressentir des émotions.

      Alors, oui, il y a surement des contre exemples ou bien, une classification d’autiste à perception émotionnelle. Pas trouvé, mais je n’ai pas relu le sujet depuis quelques temps.

  5. Tu écris ton blog en tant que thésarde en neurosciences ce qui induit dans la tête du lecteur que tu SAIS. Les raccourcis que tu peux donc faire -parce que ce ne serait pas le sujet- ne sont pas forcément connus des lecteurs. « Si la nana est attiré par le gros con, c’est parce qu’il y a un ensemble de facteur psychologique et conditionnement qui entre en jeu, mais la résultante reste « système neuronaux » au sens large. » pas que, mais oui, oui, et je le dis moi-même « c’est le substrat donc logique blablabla » ! Cependant, écrire ça, c’est très différent de ta provoquante conclusion « badez pas, ce n’est que ».
    Je me répète, mais lorsque la plupart des personnes s’entendent dire « c’est génétique », « ce n’est qu’une histoire de neurotransmetteurs » (peu importe l’ « échelle »), ça veut dire « donc, il n’y a absolument rien qu’on puisse faire, absolument rien d’autre n’entre en compte… d’en tout cas significatif ». C’est dommage car c’est souvent faux. En réalité, en utilisant l’expression « c’est génétique », ce n’est vraiment que ce que je voulais exprimer comme idée. Ca n’était peut-être pas clair ?
    Ton blog fait dans la vulgarisation et c’est très bien. Cependant, la vulgarisation se fait bien car ceux à qui elle s’adresse sont «  »vulnérables » ». En d’autres termes, « du point de vue neurobiologique, voici donc ce qu’est l’amour » aurait été une juste conclusion. Et oui, cela même si c’est le titre de l’article.
    Mais ce n’est là que mon opinion.

    Pour les autistes, sans faute si je retrouve.

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